Télémédecine bucco-dentaire, mythe et… réalité !

isabelle saleck, le 11 janvier 2021

La deuxième et dernière séance de négociations concernant l’avenant 4 à la convention vient de se terminer ce vendredi 8 janvier. Les discussions ont exclusivement porté sur la télémédecine en odontologie. 

Concrètement, elle consiste à prendre en charge des patients à distance sans présence physique du praticien aux côtés de son patient. Cette évolution de consultation est sans conteste permise par les progrès des moyens techniques numériques de communication. Ce dispositif existe déjà pour nos confrères médecins et pour de nombreux professionnels de santé. Un cadre sécurisé a été mis en place afin de respecter le secret inhérent à nos échanges avec le patient. N’imaginons pas téléconsulter nos patients via un Whats App ou un Messenger pendant notre pause déjeuner.

Dans notre domaine de spécialité,  est-ce que la téléconsultation permettra de répondre au défi de la désertification médicale ou de traiter les urgences à distance ?

Dans le cadre des négociations conventionnelles, à ce sujet, la FSDL a déposé un dossier complet et posé les garde-fous nécessaires pour éviter les dérives. Accéder à la note de synthèse de la FSDL

De fait, la téléconsultation restera cantonnée à quelques situations cliniques définies et sera essentiellement un outil de télérégulation. La spécificité de nos soins à visée curative rendent difficilement applicable  ce nouveau mode de travail à tous nos actes.

La gestion des urgences pourra être facilitée par ce type de consultation.
En effet, tout acte à distance ne permet souvent que de reporter à une date ultérieure les soins locaux tout en gérant la douleur, principale doléance  du patient. En outre, les difficultés d’accès à la cavité buccale et les impacts psychologiques peuvent rendre le diagnostic compliqué.

Son utilisation et sa généralisation auprès des personnes en situation de dépendance et/ou en institution permettra un gain d’efficacité non négligeable en amont des séances de soins. La téléconsultation bucco-dentaire en Ehpad par exemple permettrait de discerner ce qui requiert le déplacement du malade ou celui du chirurgien-dentiste à défaut d’une consultation systématique lors de l’entrée du résident.

La télémédecine bucco-dentaire serait un formidable atout dans le suivi des patients d’un cabinet, lors de traitement ODF par exemple ou lors de suite de chirurgies.

La téléconsultation ne permet pas le soin des pathologies dentaires, qui requièrent une action thérapeutique locale par le chirurgien-dentiste, dispensée souvent sur plusieurs rendez-vous. Nous ne “télé traiterons” pas les lésions endodontiques ou ne “télé poserons” pas les implants… pour le moment. Toutefois il est indéniable que certaines situations cliniques et/ou motifs de visite chez un chirurgien-dentiste pourront donner lieu à la mise en place d’une télé médecine bucco-dentaire.

Un des problèmes majeurs consécutif à la téléconsultation restera la difficulté de prise en charge des patients l’ayant sollicitée, notamment pour ceux qui n’ont pas de chirurgien-dentiste attitré (nomadisme médical, désintérêt personnel pour une prise en charge globale suivie, défaut d’information sur les conséquences médicales des pathologies buccales, frein psychologique à la consultation…). 

Dans le cadre de ces négociations, l’UNCAM  a limité volontairement le nombre maximum de téléconsultations à 2  par semaine, ce qui de fait rend ce dispositif inutile car le coût de la location mensuelle du matériel par le chirurgien-dentiste serait  tout juste amorti par la rémunération de cette téléconsultation facturée 23 euros au patient.  Une fois de plus, les chirurgiens-dentistes devraient effectuer un acte à perte pour satisfaire les désirs de technocrates déconnectés de la réalité du terrain.

La FSDL pense que la téléconsultation devrait être réservée aux seuls patients ayant déjà consulté physiquement le chirurgien-dentiste. Cette réserve permettrait aussi d’éviter la mise en place d’un potentiel système mercantile de détournement de patients par l’établissement de devis comparatifs de réhabilitation dentaire sans consultation physique préalable. Cette situation est malheureusement tout à fait envisageable par la simplicité de l’outil de téléconsultation.

Seule la mise en place de véritables mesures dans le cadre d’une mission de prévention globale (présentée par la FSDL lors des dernières négociations conventionnelles en 2018), la revalorisation des soins dentaires à leur juste valeur, la responsabilisation du patient, … et toute mesure permettant une mise en application d’une vraie politique de prévention permettront de réduire le recours à la téléconsultation, qui reste très ciblée dans notre spécialité. 

Voilà ce que nous porterons auprès de nos instances si vous nous accordez votre confiance lors des élections URPS d’avril prochain.


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