Et le serment d’Hippocrate bordel !

 

Ces derniers temps fleurissent dans la presse quotidienne régionale des articles relatant l’histoire de patients ayant dû aller dans un département voisin pour être soignés suite à une « rage de dents ».

Ne soyez pas étonnés, c’est toujours le même modus operandi : d’abord  on tape sur les chirurgiens-dentistes qui ne s’installent que dans des lieux attractifs ou refusent de modifier leur agenda pour intégrer des urgences.
S’ensuit un amendement présenté à l’Assemblée Nationale puis au Sénat pour rectifier le tir et faire rentrer dans le droit chemin ces professionnels de santé qui ont la belle vie et laissent leurs compatriotes souffrir sans la moindre compassion. 

Dernièrement, un représentant syndical de la profession, censé défendre ses pairs, a même affirmé dans la presse que cette situation « était inacceptable et intolérable » et que l’on devait recevoir TOUTES les urgences, invoquant  le fameux serment d’Hippocrate comme justification. Et d’ajouter que “les consœurs et confrères préféraient privilégier leur confort de vie plutôt que de remplir les zones sous dotées voisines”. Lire l’article 

Au-delà de l’ignorance de tels propos, faut-il rappeler que les chirurgiens-dentistes ne sont pas responsables des conséquences de la politique générale des différents gouvernements à :

  • Instaurer un numerus clausus dans les années 70 basé sur l’idée brillante qui consistait  à diminuer le nombre de soignants pour faire baisser  les dépenses de santé,  jugées trop hautes à cette époque.
  • Laisser la base de remboursement des soins dentaires à un niveau indigne ne permettant pas d’équilibrer économiquement un cabinet  dentaire.
  • Créer des déserts médicaux en raison de la disparition des entreprises, commerces de proximité, écoles, crèches  et  tout ce qui fait la richesse d’un village, d’une ville ou d’un département. N’oublions jamais qu’un désert médical est la conséquence de l’abandon d’un territoire.
  • Faire croire qu’avec des aides financières dérisoires on allait inciter de jeunes praticiens à s’installer dans des zones sous dotées alors que 100% des centres dentaires dits associatifs s’implantent sauvagement depuis 10 ans dans les grandes métropoles.

Non,  les chirurgiens-dentistes ne sont pas corvéables à merci, et leur agenda déjà surchargé ne permet pas de contrebalancer  une politique de santé réellement défaillante. Nous ne sommes pas, et ne serons  jamais  la variable d’ajustement ! 

Rappelons la dernière enquête du CNO sur l’épuisement professionnel montrant que 2500 praticiens sur 6000, soit plus d’un tiers, étaient touchés par les premiers signes d’un « burn-out ».

Et pourtant des solutions durables et pérennes existent : la première étant bien entendu une valorisation des actes “conservateurs” à la valeur du coût du plateau technique dentaire. 

Mais d’autres solutions sont à instaurer le plus rapidement possible : 

  •  Quand mettrons-nous en place une politique de prévention efficace, permettant un meilleur suivi des patients et évitant ainsi d’avoir recours aux  consultations  en urgence à répétition ? Il est assurément  plus populaire et populiste  de faire campagne  sur une réforme  comme le 100% santé et son corollaire pécuniaire du “reste à charge zéro”.On touche même au sublime puisque la CNAM a accordé une  consultation spécifique pour les urgences à 23 euros !
  • Quand pourrons-nous assurer  la régulation des urgences lors de la Permanence Des Soins ? Les expérimentations, proposées par la profession et sous le contrôle de certains CDO ou CRO comme en IDF, ont montré leur efficacité. La régulation, par les chirurgiens dentistes, est l’une des clés de la distinction entre urgence vraie et ressentie. La FSDL a donc demandé au Ministère de la Santé et à l’UNCAM que les Fonds d’Intervention Régionaux de chaque ARS soient abondés de sorte que chaque département puisse la mettre en place de façon pérenne, à l’instar des régulations assurées par les médecins libéraux. 

Au lieu d’accélérer sur des solutions concrètes et identifiées, le gouvernement veut lancer par le biais de la CNAM et des négociations conventionnelles la seconde phase plus politique du texte signé par les CDF et l’UD,  à savoir l’instauration d’un conventionnement sélectif. Mesure démagogique, allant une fois encore à l’encontre de l’exercice libéral, et censée résoudre d’un coup de baguette magique les problèmes de démographie médicale. S’en suivra l’instauration de sanctions pour de supposés « refus de soins ». 

Nous défendrons la liberté d’installation et la mise en place de mesures réellement incitatives (aides financières adaptées au coût global d’un cabinet dentaire et exonération de charges).

La FSDL mettra en avant la responsabilité de nos politiques dans cette situation intenable et continuera de représenter avec conviction  nos consœurs et confrères contre ces mesures coercitives supplémentaires, soyez-en assurés !

 

 

Patrick Solera
Président de la FSDL