A propos d’une expérience avec Santéclair…!

FSDL, le 26 mai 2014

interview d'un praticien implantologiste ancien partenaire du réseau Santéclair.
Pourquoi il a adhéré et surtout pourquoi il en est parti.

Dr Bouchet

Dr Bouchet

  • Qui suis-je?

Depuis un peu plus de 10 ans, j’exerce exclusivement l’implantologie et la parodontologie à  Grenoble.

J’ai suivi de nombreuses formations : (DU) en Anatomie, en implantologie, en expertise et en implantologie basale.

Je suis attaché dans le service d’implantologie de Lyon , et je participe à la formation de confrères en chirurgie implantaire assistée par ordinateur.

De nombreux praticiens me font confiance en m’adressant leurs patients.

Depuis ces dernières années, comme vous tous, je suis confronté à la perte de patients qui sont allés se faire soigner, au début à l’étranger , puis dans des centres “low-cost”, et maintenant dans des réseaux de soins…

Comment réagir devant cette perte de patients que l’on voit en consultation?

nous qui passons tellement de temps à établir, expliquer et remettre les plans de traitement .

  • Que s’est il passé ?

Fin 2012 je vois un appel d’offre dans le JPIO et dans la revue Implant de la société commerciale Santéclair: “Devenez partenaire du réseau dentaire”… j’avais au préalable été sollicité par des confrères et par la société Santéclair pour me proposer d’intégrer ce réseau qui était déjà pré-monté.

Ce réseau est décrit de la sorte: “Il permet, dans le respect des règles déontologiques, de développer la prévention bucco-dentaire et d’améliorer l’accès à la prise en charge des traitements prothétiques, de l’implantologie, de la parodontologie et de l’orthodontie”.

“Santéclair, entreprise d’aide au consommateur dans le domaine de la santé, accompagne les complémentaires santé (assureurs, mutuelles et instituts de prévoyance) dans l’amélioration de la prise en charge de leurs adhérents”.

  • Qu’est ce que Santéclair?

C’est une société anonyme enregistrée au registre du commerce et des sociétés, classée dans la catégorie “services”.

La société Santéclair est une plateforme de service filiale des groupes ALLIANZ , MAAF-MMA , IPECA et MGP. Elle propose aux complémentaires santé  (MERCER, NOVALIS, COVEA RISKS, GMF,  MGP santé, VIVINTER etc…) d’adhérer au service Santéclair et ainsi de proposer à leurs clients de se faire soigner dans le réseau.

Elle ne dépend ni du Code de la santé, ni du Code des assurances et encore moins de notre Code de déontologie.

Ce réseau va proposer aux patients adhérents des complémentaires (Environ 6 millions de personnes) qui adhèrent à Santéclair une trentaine d’implantologues spécialisés répartis sur toute la France…

Des partenaires de ce réseau, en cours de création, dont beaucoup sont des confrères implantologistes appartenant au réseau de formateurs de Génération Implant (organisme de formation très connu et très présent sur le net) me vantent les mérites de ce réseau.

La publicité est grande. Des praticiens renommés et conférenciers  en font partie …

  • Quels sont les prérequis pour devenir implantologue du réseau commercial Santéclair?

Pour être candidat, il faut répondre à des critères stricts : diplômes (type DU d’implanto, DU de paro), activité de formation, structure adaptée (bloc opératoire, stérilisation aux normes)…

La veille de la date limite de réponse, la personne, en charge de monter ce réseau, me téléphone pour m’informer qu’un confrère implantologue exclusif de ma région a aussi fait la demande de candidature… (entendu qu’il m’est fortement conseillé de signer ce protocole car sinon un confrère prendra la place)

Je prends donc la décision de renvoyer le dossier complété et c’est ainsi que je suis devenu membre du réseau implantologie de Santéclair fin 2012.

  • Que représente le réseau Santéclair pour vous?

Ce réseau comporte une trentaine de praticiens implantologues spécialisés répartis sur toute la France.

SantéClair représente une approche de la santé pas très claire pour la plupart d’entre nous. Aussi, j’ai  découvert au fur et à mesure leur manière de fonctionner et j’aimerai vous faire part de mon expérience :

  1.  Une marque d’implant non française est fortement « conseillée » par le biais d’un cahier des charges restrictif. Les implants à poser sont de marque « Dentaurum », système implantaire non premium et peu connu. De même, pour le laboratoire de prothèse, il n’est pas possible de travailler avec notre laboratoire de proximité habituel, car lui non plus ne peut pas répondre au cahier des charges restrictif. Des tarifs ont été négociés avec un laboratoire de prothèse à Bordeaux (produisant 80 000 équivalents unitaires par an ), et il nous est « conseillé » de travailler avec eux. C’est ce même laboratoire qui assure la distribution des implants.
    Les tarifs sont imposés et sont de type “low-cost” ,
    1100€ pour la pose d’un Implant + Pilier +Prothèse.

    Qu’en est-il de la liberté de choix, de produits, et d’honoraires pour le praticien…?

  2. Quand le patient envoie son devis établi par son praticien à sa complémentaire santé pour connaître ses remboursements, en réponse, il reçoit un ou plusieurs appels téléphoniques et un courrier lui indiquant que s’il choisit de se faire soigner par un partenaire du réseau Santéclair, le reste à sa charge sera très nettement inférieur pour une qualité de soin équivalente voire supérieure, puisque les praticiens membres sont des “spécialistes” très compétents posant des implants de qualité. Certains patients m’ont aussi indiqué qu’on leur avait dit qu’il était même préférable de poser les implants sur plusieurs années pour avoir de meilleurs remboursements ! Après ce discours commercial une liste comportant 3 noms de praticiens agréés Santéclair de sa région, avec adresse et téléphone, est adressée au patient. Et maintenant, depuis le vote de la loi Le Roux, SantéClair a un nouvel argument choc : si le patient se fait soigner dans le réseau, il sera mieux remboursé  que s’il se fait soigner par un dentiste hors réseau !

    Ne serait-ce pas un détournement du patient de son dentiste traitant par des commerciaux de Santé ? Les membres de ce réseau connaissent  ce détournement et intègrent par ce biais de nouveaux patients…Alors la question est : se considèrent-ils comme des confrères ?

  3. Pendant une année en tant que partenaire Santéclair, j’ai vu une cinquantaine de patients et soigné certains d’entres eux. Pour quelques patients, connaissant leurs praticiens traitants, il m’est arrivé de ne pas leur remettre de plan de traitement. Pour d’autres je me suis rendu compte qu’en fait, leur praticien était un correspondant qui, à la base, me l’adressait, mais à qui Santéclair avait expliqué qu’il serait plus avantageux pour lui de se faire traiter dans son réseau!!!! Certains patients étaient effectivement dans le besoin, et même à ce tarif très bas de Santéclair, le traitement demeurait difficile d’accès financièrement. En pratique, beaucoup de ces patients n’avait aucun souci financier, et ce n’était pas leur seul moyen d’accéder aux soins, juste une adresse pour dépenser moins ! Certains d’entre eux avaient parfois des complémentaires qui remboursaient plus leur implant que le montant facturé (Exemple mutuelle Air France). Le réseau Santéclair réalise un chiffre d’affaire proche de 18 millions d’euros en 2013 pour environ 6 millions d’adhérents via les complémentaires santé qui souscrivent à leur offre.
    La valeur d’un patient serait donc proche de 2 euros !

    S’agit-il donc d’une action de santé Publique menée par Santéclair ou d’une action à but uniquement lucratif…?

Quelles ont été pour vous les conséquences de cette réflexions?

Aujourd’hui j’en suis sorti, j’ai démissionné depuis décembre 2013 !

Je comprends que certains confrères portent plainte à l’Ordre départemental des chirurgiens dentistes pour détournement de patientèle, pour compérage, et pour pratique de l’art dentaire comme un commerce.

  • Quelle a été la réaction de Santéclair?

Le réseau Santeclair a donc cherché un autre praticien spécialisé en Implantologie dans l’Isère et en a déjà trouvé un dans la Drôme !

Pour la petite histoire, il y a moins d’1 an, un praticien de Montpellier est sorti du réseau…ils n’ont mis que quelques semaines  pour en trouver un autre !

Quelques questions qui peuvent faire réfléchir :

Qu’en est-il du respect des règles confraternelles ?

Comment peut-on travailler avec un réseau de correspondants et recevoir des patients détournés ?

Comment mélanger au sein du même cabinet une activité Low-cost et d’excellence ?

N’est-il pas interdit d’exercer la profession comme un commerce ?

Qu’en est-il de la liberté du choix des dispositifs médicaux utilisés sachant qu’après c’est à nous d’en assurer la responsabilité ?

Au vu des tarifs “low-cost” imposés, n’existe-t-il pas des risques de sur-traitement (en quantité) et de sous-traitement (en qualité) ?

Qu’en pensent les experts des tribunaux qui un jour où l’autre, en cas de conflit, devront poser la question suivante : quel type d’implant avez-vous utilisé ? Pourquoi ce choix ?…

Comment peut-on offrir tout notre cabinet (notre expérience, notre personnel qualifié, tout notre savoir faire acquis à force de séances de formations post-universitaires type DU…) à un organisme qui fait son bénéfice sur notre dos…et qui nous impose des tarifs low-cost…

Confrère vous avez dit confrère ? Les membres de ce réseau peuvent-ils ignorer qu’ils lèsent les confrères par le détournement de patient ?

Quand un praticien a plus de 30 % de son activité dépendante du réseau il en est devenu économiquement intégré et ne peut plus s’en libérer. N’est-il donc pas amené à appliquer les directives du réseau pour ses honoraires, ses achats et bientôt ses plans de traitement ?

Et si vous n’avez pas de réponse à ces questions, n’hésitez pas à me contacter, on pourra en parler.

Oui, personnellement, je suis content d’avoir vu de l’intérieur comment cela se déroule et tout aussi content de les avoir quitté !

Alors maintenant VOUS qui êtes membre du réseau, faites comme moi, réfléchissez sur le bien fondé d’y rester !!!

Et VOUS, mes chers confrères, Santéclair vous proposera un jour ou l’autre de vous enrôler avec eux, j’espère alors que les lignes qui précèdent vous aideront à prendre une décision réfléchie.

Tous ensemble nous devons veiller à pouvoir poursuivre une pratique libérale de notre métier.

Les praticiens doivent pratiquer l’art dentaire sans le brader, en toute indépendance, et en toute éthique. La santé n’est pas un commerce et les praticiens ne sont pas à vendre  !


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